Pros’Ethique Poétique
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Congo, pourquoi me hantes-tu ?

Effroi, pleurs, agonie, affliction, hurlements, impuissance, colère, révolte. Et ce mot qui comme une litanie habite mon esprit. Cette locution qui se loge dans mes peines : Congo. Congo, pourquoi me hantes-tu ?

Congo, pourquoi m’habites tu ?

Congo, Congo, Congo

C’est l’aphasie qui crie ton nom, c’est ma douleur qui ce soir l’écrit.

Je veux hurler, mais mon cri est silence. Quels mots pour dire l’indicible ? Comment hurler sans paraître impudique alors que là-bas des vies sont brisées, meurtries, dépouillées, ôtées ? Je suis au chaud dans un pays à priori démocratique. Protégée sauf cas exceptionnel de la folie et de la bestialité des hommes. Depuis mon appartement parisien comment pourrais-je hurler une douleur qui n’est qu’un écho du réel ? Une résonnance de l’épouvantable tragédie qui « se joue » au Congo. ?

Des images dans la nuit, moins de trois minutes, des visages de femmes, des mots de victimes de crimes innommables. Elles racontent le quotidien de tant de femmes, et de fillettes livrées à la bestialité la plus inique. Les femmes et les fillettes comme terrain d’expression de leurs prises de pouvoir. Des femmes victimes de viols à la chaîne. L’information n’est pas nouvelle mais ce soir elle m’arrive comme un poignard qui se fiche dans mon cœur, comme pour me rappeler qu’il n’est pas possible, aussi vrai que l’on est humain de rester à l’extérieur de ce déni de l’humanité qui se joue tout près de nous. L’agonie ressentie me semble impudique par rapport à la tragédie quotidienne vécue par nos frères là-bas. Mais voilà j’ai mal et les larmes qui jaillissent de mes paupières sont aussi incontrôlables que saisissantes. Ce soir je suis congolaise, enfantée dans cette douleur cathodique qui me prend aux tripes. Pourquoi ce que je sais me parle davantage ce soir ?

 

La souffrance qui m’étreint me glace. Egoïstement j’aurais voulu n’être pas passée sur la page d’un réseau social, j’aurais voulu n’avoir pas vu, l’avoir pas entendu, n’avoir pas discerné derrière la dignité d’insupportables dévastations. J’aurais voulu n’avoir pas mal. Ma seule catharsis c’est l’écriture. Essayer de mettre des mots sur cette lave qui me consume. Le Congo semble se tatouer en moi. C’est étrange, c’est évident.  Rendez-vous inattendu avec la responsabilité. Je n’ai que mes mots mais je les ai.

 

Ceux qui établissent les priorités sur le calendrier des tragédies répondant aux codes de leurs publicisations n’ont pas mis le Congo à l’affiche de leurs dénonciations. Et des millions de personnes sont mortes. Si je ne me trompe pas le triste « record » de la Shoah serait« battu » dans un silence assourdissant. Mais on marche sur la tête. Ce sont nos frères, nos semblables que l’on assassine.

Je pense à ma petite sœur Fifi qui courageusement ne cesse de rappeler de combattre de hurler pour son cher pays nous rappelant qu’il se passe une chose épouvantable tout près de nous.  Je pense à Floribert Cheyeba, des noms et des images disputent aux pensées la place prioritaire dans mon esprit. Partout où l’on bafoue l’humain, c’est la notion globale d’humanité qui recule. Ces pensées défilent dans ma tête éloignant le sommeil qui avait pris résidence dans mes yeux  et pourtant je n’arrive pas à me révolter.

 

J’ai incroyablement mal, comme s’il fallait ressentir un peu de cette immense douleur pour ne plus jamais oublier, pour ne plus me taire, pour m’informer, pour me lever demain dans une conviction née dans mes entrailles. Pour humblement donner la main d’association à mes frères du Congo et joindre ma voix à la leur pour sortir le Congo de cet insupportable silence, pour briser les murs de l’indifférence, pour un jour reconstruire et ramener l’espoir dans ce pays.

Et les mots de Patrice Emery Lumumba résonnent dans mon esprit.

« mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau. »

 

Je veux me repasser ces mots d’espoir et de foi écrits au seuil de la mort par un homme que j’admire et respecte, une figure africaine immense qui ne cesse de nous inspirer. Je veux me réfugier dans ses mots pour me rappeler que malgré ce que je vois l’avenir du Congo est beau.

Si le silence assourdissant de ceux qui savent orchestrer l’émotion internationale m’apparaît ce soir encore plus criminel, je me souviens aussi décès mots :

 « L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique ! »

 

Ce soir je n’ai qu’effroi, larmes et douleur. je sais la révolte tapie en moi. Ce soir je sais que le Congo m’est moins exogène qu’avant. Demain je dirai merci pour cette douleur, cette conscience nouvelle, demain je réfléchirai. Ce soir j’ai juste une épée fichée dans le cœur. Je vais juste prier pour ceux qui sont meurtris au Congo, prier pour cette terre blessée, prier pour Fifi et demain peut-être, je me révolterai. Les mots sont confus, comme les émotions, demain peut-être…

Nzambe na biso !!!!

 

© Chantal EPEE 

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