Pros’Ethique Poétique
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HÉROÏNES DE LA VIE ET FEMMES EXCEPTIONNELLES

Seuls de profonds soupirs interrompent la musique de leur silence.
Les douleurs sont si grandes que leur langue est mutique. Dans les yeux se glissent des ombres qui nous remuent.

Des fleuves de souffrances se déversent dans le lit de leurs regards de femmes mais, elles ne sont pas victimes. Du moins pas uniquement. Elles sont subi un crime abject, mais le moment qui a meurtri leurs corps et affecté leur psyché ne les définit pas. Il ne les résume pas.

Elles ne veulent pas être pétrifiées à jamais dans un instant que leurs mémoires abominent. Elles dénient à la violence qui s'est liguée contre elles, le droit qu'elle croit avoir de les dire à jamais. Mais nous, épouvantées par leur histoire, saurons nous voir la femme qui résiste derrière un corps mutilé ?


Elles savent être davantage que la femme torturée, abusée et violée. Elles savent être autre chose que l'être humain que l'on a nié, instrumentalisé au nom d'une déraison, de la folie des hommes, de leur cupidité et des rétrécissements de l'humanité en eux.

 

Dans le regard perdu, se laisse voir quelqu'un d'autre que la personne brisée qui raconte pourtant un voyage aux confins de l'horreur. Celle qui déjà se relève en chacune de ces femmes brisées est une survivante. Malgré les apparences, elle est déjà plus forte que ceux qui l'ont pillée. Elle a résisté, elle a survécu. Ils n'ont pas annihilé en elle l'humanité. Non ils ne l'ont pas détruite. Ils l'ont abimée, mais elle est toujours présente. Dans leurs yeux passe un message : la vie n'est pas loin.

 

Ces femmes sont exceptionnelles. Elles appartiennent à une « race » qui force mon respect, celle de ces êtres qui se créent ou se recréent dans l'adversité. Etres anonymes, visages méconnu de la plupart d'entre nous, elles sont de véritables héroïnes à mes yeux. Après la tragédie, elles reprennent les rênes pour écrire leur vie. Du Rwanda, du Congo, de Côte d'Ivoire, du Libéria, de Sierra Léone, d'Algérie ou d'ailleurs, femmes d'hier ou d'aujourd'hui, elles forcent mon respect.


Sur le bord du chemin, elles ont vu la mort en face. Elles ont connu l'agonie physique et émotionnelle. On a tué leurs fils, massacré leurs époux. Elles ont vu périr leurs sœurs, éventrées par la folie des hommes. Et pourtant, elles portent en elles d'immenses résistances.

 

Elles donneraient leurs vies, la dernière goutte de leur sang, pour sauver le petit enfant dont la tête repose entre leurs omoplates.

Elles savent porter sur leur dos l'avenir de l'Afrique, elles savent qu'il est là même si elles ne le voient pas. Elles le sentent, entendent la musique de sa respiration. Il est un avenir pour notre terre, même si elle paraît à certains, aussi désarmés que l'enfant que la femme porte.
Elles se battent pour cet enfant. Elles le nourrissent, elles l'élèvent vers le(s) dieu(x) auxquels elles croient dans de ferventes prières. Elles croient en lui, croient pour lui. Elles sont incroyables.

 

J'ai vu des femmes fortes, des survivantes du pire. Je m'attendais à avoir le cœur brisé par leur douleur et leurs tragédies. Si j'ai versé des larmes en les écoutant essayer de raconter l'indicible, étrangement elles m'ont donné de l'espoir. Il est en l'humain des capacités infinies de résistance, de résilience, de renaissance.

 

Je les ai regardées et j'ai pensé à l'Afrique, à ma terre meurtrie. A celle que l'on considère impuissante, vouée à la tragédie et à la servitude, celle que l'on regarde comme pour la figer dans des expériences abominables, comme si elles la définissaient.

 

J'ai pensé à cet enfant blotti contre le dos de sa mère, et pour lequel elle fonde d'immenses espoirs, cet enfant en qui elle puise aussi la force de relever et d'avancer encore, malgré la violence et la barbarie qui l'ont rencontrée. Il y a tant de figures emblématiques de "Mama Africa" !

 

En regardant ces femmes qui traversent l'écran de ma télévision, je questionne mon rapport à mes rêves et espoirs, à mon investissement pour voir un jour l'Afrique se déployer dans la plénitude de son potentiel, dans sa capacité à dépasser l'adversité et avancer vers un avenir beau, comme celui qu'ont rêvé nos pères qui ne l'envisageaient pas autrement que libre et indépendante. Ils ont payé de leur vie leurs rêves et leurs fiertés d'Afrique.

 

Même quand mes rêves d'Afrique ne sont pas matérialisés sous mon regard, suis-je capable de garder la foi en une Afrique libre, souveraine, maîtresse de ses destinées ? Est-ce que j'œuvre pour les nourrir les protéger, les faire grandir, les transmettre et les concrétiser ?
Merci à ces femmes, à ces survivantes, à ces héroïnes pour la leçon de vie qu'elles m'ont donné par un soupir et un regard entre deux silences et quelques mots.


© Chantal EPEE

30/11/2012

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