Pros’Ethique Poétique
                      Pros’Ethique Poétique                           

QUOI MES CHEVEUX ? RÈGLEMENTS DE COMPTES A CAPILLO-CITY.

UNE VICTIME AU SOL : L'ETRE ENSEMBLE ET L’UNITE

 Je me demande si nous sommes toujours conscients du fait que nous transformons aisément ce qui nous libère ou nous fait du bien en prisons ou en peine pour les autres. Pourquoi voulons-nous imposer nos vérités parcellaires comme des absolus pour d'autres ? Alors que nous sommes en chemin vers une certaine forme de connaissance, nous devenons tellement arrogants et méprisants vis-à-vis de ceux qui n'ont pas fait la même démarche que nous, oubliant qu'hier encore nous ne savions pas ce que nous voulons imposer aux autres au besoin par la violence de l'insulte et celle plus symbolique du dédain. Nous devenons si facilement des persécuteurs de ceux qui ne pensent pas comme nous et nous les méprisons, les affublons de sobriquets dévalorisants et hautains. Pourquoi nous autres africains et autres afro descendants avons le chic de n'être pas en reste pour inventer des raisons pour quelque nouvelle guerre fratricide ?

 

Certains d'entre nous par exemple pensent qu'il faut revenir aux cosmogonies africaines antérieures aux colonisations pour retrouver le vrai soi et accéder à la véritable liberté. Ils sont convaincus que la renaissance africaine passe par là. C'est possible, c'est un point de vue qui tient largement la route.

Mais de là à décider que celui qui ne ferait pas cette démarche et demeurerait attaché à quelque religion monothéiste serait un esclave mental et de fait suspect de traitrise au jour du grand combat pour défaire l'Afrique des griffes des impérialismes qui l'asphyxient, il y a un monde.

Cet africain là, ne serait pas un bon africain et son droit de parler sur, pour et, au nom de l'Afrique serait forcément usurpé. C'est bien connu ceux- là sont les nègre de la maison du maître, ceux qui n'ont d'autre ambition que de singer le maître pour ramasser les restes de ses banquets et autres libations, et au besoin de brutaliser les autres nègres, les non frelatés.


Alors on se donne pour mission de sauver ces décérébrés d'eux-mêmes, de bouter Mohammed, Jésus et éventuellement Moïse hors de leurs cerveaux colonisés. Ils sont les chevaux de Troie de l'occident impérialiste. Leurs loyautés sont multiples et de fait ce ne sont pas de véritables combattants africains. Il faut les débarrasser de leurs dieux ou se débarrasser d'eux. No compromise baby !

 

L'on ne vient pas à eux en les respectant et en leur proposant d'explorer les paradigmes qui ont conduit ceux qui s'adressent à eux à expérimenter une dimension nouvelle de liberté et ou d'authenticité. Non !

On ne leur propose pas ensuite d'y répondre en toute liberté par une adhésion ou non. L'on a décidé que leurs esprits étaient un terrain à conquérir envers et contre eux, quitte à ce que l'on leur inflige cette violence qui consiste en la dépossession de soi.
La cause étant plus grande qu'eux, ils ne comptent pas. Ils ont tort et l'on doit les libérer de force, quitte à violer ce qu'ils ont de plus intime et qui leur est intrinsèque. On n'est pas dans le dialogue, dans une dialectique qui les rencontre et les entraîne à explorer d'autres sentiers, on détient la vérité et ils doivent y venir sinon ils sont ennemis de l'Afrique.

 

Mais voici que le champ de bataille s'est déplacé sur la tête des femmes. Il ne manquait plus que ça ! L'on voudrait faire la guerre sur ma tête et sur la vôtre et nous opposer les unes les autres sur une question capillaire. Faut-il que nous ayons réglé les problèmes fondamentaux de notre Afrique pour nous crêper le chignon pour une affaire de crinière ? Il y a tant d'espaces dans lesquels investir notre énergie, notre intelligence, notre passion pour faire avancer la cause de l'Afrique que je fais le choix de me retirer de ce combat visiblement majeur.
La liberté de défriser ou non ses cheveux serait devenue l'expression de l'africanité affirmée ou de l'esclavage mental. Rien que ça !

 

Des choix esthétiques sont désormais politisés à outrance et l'on voudrait obliger les femmes à se plier à des diktats qui leur seraient imposés pour faire allégeance à la terre mère. On aime l'Afrique le cheveu crépu ou enroulé dans des vanilles, tressé ou s'exprimant par des dreadlocks. Ah les dreadlocks preuves irréfutables d'un militantisme pour l'unité africaine ! 

 

En se lissant le cheveu, l'on renierait l'Afrique, on serait quasiment matricide en puissance ! Le cheveu lisse serait irrespect pour l'Afrique, prosternation devant le colon, esclavage mental. Nom d'un bigoudi ou d'un cauri on marche sur la tête ! Il va de soi que dès que le cheveu se fait naturel, le respect pour la terre mère est manifeste. Quand je regarde les hommes qui aujourd'hui  pillent l'Afrique subsaharienne et la prostituent aux intérêts des nations impérialistes, ils ont majoritairement le cheveu bien crépu. Et pourtant ils la foulent aux pieds la terre mère.

 

Nous sommes dans un contexte dans lequel l'on veut que tout le monde fasse comme nous sous prétexte que nous ne nous défrisons pas ou plus.
Et nous autres femmes entrons dans ce processus totalitaire en voulant imposer aux autres nos choix capillaires au prétexte qu'ils nous auront conduites à trouver « l'essence même de notre être ». Si la révélation pour les unes est venue du cheveu, tant mieux pour elles mais ce n'est pas une raison pour décider que celles dont la pensée n'est pas crépue, nattée, vanillée ou « locksée » sont asservies. Ce qui est lisse est suspect de vouloir ressembler au caucasien, donc d'avoir honte de qui l'on est. Le cheveu défrisé nous classe dans les « Uncle Tom » dont l'aspiration est de se dénégrifier et devenir blanc « by any means necessary ». Hé oui les nouvelles guerres civiles capillaires nous révèlent que ce que nous avons sur la tête ce n'est pas une tignasse, c'est notre pensée, notre paradigme, en somme c'est nous, plantés en épis sur nos crânes.

 

La démarche vers le retour au cheveu crépu après des années de défrisage est individuelle et personnelle et peut avoir des raisons variées :
Elle peut procéder d'un ras le bol après que l'on a vu ses cheveux perdre en volume à force d'ingérer de la soude.
Elle peut il est vrai, naître d'une prise de conscience du fait que son propre rapport au cheveu lisse vient d'une définition de la beauté polluée et rétrécie par les diktats et les modèles hollywoodiens pour faire court. Et l'on peut décider de se défaire de ce joug en revenant au cheveu naturel et en se le réappropriant.
Pour une troisième personne cela peut venir de ce que l'on trouve que le cheveu crépu ou tressé nous va mieux ou correspond mieux à un état d'esprit dans lequel l'on est.

Pour une quatrième la démarche peut être éminemment politique. Le rapport que nous entretenons avec nos cheveux est d'abord personnel, individuel.

La liste n'est bien entendu pas exhaustive.

 

Nous autres femmes n'allons tout de même pas laisser nos cheveux devenir un lieu de guerre. Nous n'allons pas laisser notre liberté et notre choix de garder le cheveu crépu être le fossoyeur de celles des autres à défriser le leur, y faire des waves ou un curly. Chaque femme est libre de se coiffer comme elle veut. Le port du cheveu lisse n'est pas davantage une preuve de vassalisation mentale et de rejet de soi que celui du cheveu crépu n'est celle irréfutable d'une conscience africaine absolue et élevée. Et au fond quelle serait-elle ? La coiffure afro ne fait pas de nous des Angela Davis ou des Kathleen Cleaver.

 

Je ne suis pas mes cheveux, je suis une femme, une femme libre ! Si mes cheveux disent ou semblent dire des choses sur qui je suis à un moment de mon voyage, ces derniers ne me définissent pas.
Je refuse que l'on récupère le choix que j'ai fait pour des raisons qui m'appartiennent de ne pas me défriser et que l'on en fasse une arme de guerre contre mes sœurs, mes amies, ou des inconnues qui portent le cheveu lisse ou un tissage à la Beyonce, Oprah ou Naomi Campbell.

Leur coiffure est leur choix et leur liberté. Je n'irai pas me prétendre plus africaine qu'elles au prétexte que nos cheveux apparaissent différents. Si je le faisais j'affirmerais de fait que je n'étais pas africaine avant, ce qui serait un comble ! 

 

Je n'ai pas commencé à penser l'Afrique par génération spontanée au moment où mes cheveux sont revenus au naturel. Que l'on ne compte pas sur moi pour me faire terroriste intellectuel des femmes d'ascendance africaine au prétexte que j'aurais vu la lumière.

Après avoir défini ce que l'on doit croire, et comment nous devons-nous coiffer, bientôt l'on nous dira qui aimer. Si  d'aventure, on osait avoir quelque inclination pour une personne d'un phénotype différent, cela voudrait dire de manière indubitable que nous serions perdues. Fichtre !

Si mes goûts personnels m'inclinent vers le chocolat noir sans matières grasses, qui suis-je pour m'arroger le droit de prescrire à un tiers qui il doit aimer ?

Je suis effarée par l'arrogance totalitaire qui veut cloner les africains et veut définir pour nous comment être une bonne africaine. Elle veut exprimer ses prises de positions politiques sur nos cheveux qui se doivent d'être militants (crépu, tressé, vanillé, locksé, sans rajouts, authentiques etc), sur nos amours (black love indeed) et sur nos croyances.

 

Si je ne me défrise pas c'est un choix personnel. Je n'envisage de l'imposer à personne et je n'attends de félicitations de personne. J'aime qui je veux. Je crois en qui je veux. Ma vie n'est une estrade du haut de laquelle viendraient discourir ceux qui soudain auraient vu la lumière et voudraient depuis des cessions de ma liberté politiser mon corps, mon cœur et mon esprit.

Et puis quoi encore ?

Allez ouste !

Commentaires

Aucune entrée disponible
Veuillez entrer le code.
* Champs obligatoires

Actualité

Site en ligne
Vous trouverez sur mon nouveau site Internet une présentation de mon travail d'auteur et des actions que j'entreprends autour de la promotion des arts et des cultures d'Afrique et des diasporas africaines et afro-descendantes