Pros’Ethique Poétique
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Il y a trois ans, vous vous éclipsiez : lettre à Michael Jackson

 

Il y a trois ans, sans prévenir, vous vous éclipsiez. Brusquement à nos yeux, même si,  en réalité, le 25 juin 2009 clôturait une lente agonie publiquement entamée vingt ans plus tôt. Agonie qui dans l’intime de l’homme était peut-être plus ancienne.

Quelles étaient donc ces mélancolies qui depuis l’enfance avaient pris en otage votre regard ? Pour ceux qui, par-delà votre génie vous aimaient, votre regard provoquait le pincement au cœur que l'on a à voir un enfant triste. Votre magnifique sourire d’enfant n’aura pas su triompher du voile sur vos yeux.

 

Il aura fallu que vous soyez arraché à la terre pour que l’on se souvienne de l’impact que vous aurez eu sur la culture pop. Des choses qui aujourd’hui apparaissent évidentes, des clips d’afro américains qui tournent en boucle sur MTV font oublier qu’il aura fallu un talent exceptionnel pour forcer les portes du racisme et de la stupidité structurelle. Il aura fallu l’évidence de votre magie pour que vous y imposiez votre présence. Il aura bien-sûr fallu qu’ils s’inclinent devant le roi en marche et devant les dollars qui couraient à sa suite. Le talent, le génie, la grâce sont puissants pour renverser des stupidités séculaires. Le talent consacrait votre suprématie et probablement aussi votre solitude.

 

Il aura fallu que vous quittiez ce monde pour que l’on se souvienne que vous n’étiez pas une uniquement la caricature que vous sembliez être devenu et qui se dessinait sur vos traits. Vous n’étiez pas juste cette enveloppe torturée à coup de scalpel en quête d’un idéal, d’une étrange perfection. Quelles tragédies cet être extrahumain masquait-il ?  A-t-on jamais cherché à découvrir l’humain derrière l’être en mutation physique entre noir et blanc, entre homme et femme, entre adulte et enfant ? Quel être vouliez-vous fabriquer en réponse à un monde dans lequel être simplement vous  semblait vous apparaître insupportable ?

 

Après votre décès, parcourant votre répertoire de l’enfance à l’âge adulte, ceux qui vous avaient confiné à la rubrique des faits divers et à celle des blagues faciles sur un physique qui paraissait se désintégrer chaque jour davantage, soudain découvraient que vous aviez du talent et que votre mort provoquait de l’émoi sur tous les continents. Vous aviez eu et aviez encore un impact sur des enfants et des adultes sous toutes les latitudes. Votre musique avait fait exploser tant de frontières et touché tellement de cœurs et de sens...

 

Ils découvraient que votre voix avait accompagné des décennies de danses, de larmes, de fêtes, de joies, et de mélancolies. Qu’elle avait épousé notre quotidien nous rendant un peu plus heureux. Mais vous, monsieur, aurez-vous jamais été heureux ? L’enfant que vous étiez avait dans le regard des mélancolies d’adulte, de bouleversantes solitudes tandis que l’adulte aura gardé jusqu’au soir de sa vie le sourire d’un enfant. Etre adulte trop tôt fait de l’enfance un graal…

 

 

L’amour et l’admiration du monde ne suffisent pas. Il est triste de se dire que l’homme n’aura probablement croisé le bonheur que de manière fortuite et accidentelle.

 

Il y a trois ans, vous vous éclipsiez sous nos yeux médusés, tandis que les télévisions d’information en continu nous livraient leurs spéculations sur vos derniers instants. Nous qui vous admirions, nous qui vous avions vu sur scène au faîte de votre talent, vous imaginions sous une grande pression à la pensée du défi « This is it ».  Tiendriez-vous ?  Aviez-vous mis trop haut la barre des exigences de votre légendaire perfectionnisme ? L’être frêle que vous étiez devenu pourrait-il tenir face au défi qui vous attendait ? Visiblement la nouvelle du 25 juin nous disait que vous n’aviez pas tenu.

 

Nous avions simplement oublié que votre vie c’était d’être sur scène et que, même exsangue sur scène vous retrouviez vie et lumière. Après votre départ, les images de vos dernières répétitions sont venues nous rappeler que sur une scène vous ne sembliez pas soumis aux servitudes de l’âge, de la maladie ou de la gravité. Vous sembliez mettre l’humain tourmenté en pause pour libérer l’ "entertainer"de génie. Vous étiez extraordinaire ! Il est passé un artiste...

 

Qui saurait  mesurer le coût payé par les artistes qui participent à nous rendre l’existence plus légère, plus belle, le temps d’une chanson ou d’une œuvre ?

 Tant de vies ont été consumées sur l’autel du doute, des surinflations de l'Ego d’artistes qui bien souvent masquent la peur de n’être plus aimés du public, la peur de perdre l’inspiration, de ne plus être entendus ou compris. Il y a tant de dérives et de descentes vers des paradis aussi artificiels qu’éphémères parmi ceux que nous admirons, il y a tant de vies détruites tandis que nous dansons.

 

Et nous avons dansé, nous avons ri souri, aimé, pardonné, pleuré au rythme de votre musique, tandis que vous cherchiez l’oubli dans des médicaments, dans des anesthésiants, dans ce funeste propofol.

 

Trois ans après il y a toujours comme un nœud dans la gorge.

Trois ans après votre voix et vos musiques participent à nous rendre un peu plus heureux.

 

Nous vous aimions tant. Cela n'aura pas suffi.

 

Puissiez-vous avoir trouvé du repos dans un lieu dans lequel les sourires enfin défont les mélancolies.

 

Chantal EPEE.

 

 

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Marvin GAYE

Cette photo de lui est l'une de celles que je préfère. Il était beau il était fier. La posture, le col dressé lui confèrent un air altier, princier. C'était avant le temps où les érosions de l'intérieur se voyaient davantage dans le regard absent ou voilé, dans l'attitude faussement désinvolte. je me souviens d'une interview qu'il a donnée quelques mois avant son décès tragique. Son regard disait sa fréquentation de produits stupéfiants. Il avait beau sourire, il semblait déjà n'être plus là, malgré son sourire. Dans cet entretien, il laissait passer son mal de vivre.

 

Marvin Gaye, une vie commencée dans la douleur d'une famille dysfonctionnelle et achevée tragiquement au bout d'une arme tenue par son père. Entre ces deux moments il a écrit de si belles pages de la musique soul, pour notre bonheur. A t-il jamais été heureux ?
Je ne peux faire la liste des chansons de Marvin Gaye qui maintenant encore m'émerveillent.

 

Marvin Gaye, ses looks improbables, une voix exceptionnelle.

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Happy Birthday mister Belafonte !

On pouvait s'en sortir ? Regardez moi la beauté de quelqu'un. Je suis tombée sans glisser.

La beauté, le talent, l'intelligence, l'engagement, l'intégrité.
Si certains ont voulu le cantonner à une belle enveloppe il a déjoué leurs plans.
Au moment des combats piour les droits civiques il était aux côtés du Dr King. Il a payé sa caution pour le sortir de prison après son arrestation à Birmingham Alabama.
Il a dénoncé avec force GW Bush et les exactions de son régime, ce qui lui a valu d'être écarté des obsèques de Coretta Scott King. En 2002, il avait entre autres traité Colin Powell d'esclave de la maison du maître et écarté Condolezza Rice d'une célébration africaine. Cela lui a valu les foudres du système.
Aujourd'hui il tacle la politique de Barack Obama et sa cécité sur les besoins des pauvres notamment des noirs pauvres.
Il a 85 ans et la fougue et la passion de ceux qui ont les yeux dessillés et regardent le monde en se demandant ce qu'ils peuvent lui apporter pour le changer.
L'homme est engagé dans la lutte contre la pauvreté en Amérique et aussi en Afrique.
Son soutien public à Hugo Chavez, président du Venezuela ne le rendent pas sympathique au système. Il n'en a cure, il est libre. Telle est sa force.

Quand on est libre on ne court pas parès l'amour à tout prix ou les éloges.
Avoir été au coeur de Hollywood, HollyWeird et être libre...
Je m'incline monsieur pour vous souhaiter un bon anniversaire.
85 ans aujourd'hui.
Longue vie à vous. Soyez toujours debout et intègre.

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Nos vies sont ombre et lumière. Puissiez-vous avoir trouvé la paix Whitney Elisabeth HOUSTON

"When I decided to be a singer, my mother warned me I'd be alone a lot. Basically we all are. Loneliness comes with life."
Whitney Houston

(9 Août 1963-11 Février 2012)

 

Nous avons pour la plupart la possibilité de laisser nos parts d'ombre dans les coulisses de nos existences, dans des lieux protégés où nous pouvons combattre et le cas échéant nous en affranchir.

Vous nous avez éblouis par la lumière de votre talent
Vos parts d'ombre ont été livrées en pâture au public avec plus ou moins de délicatesse, oubliant que derrière la marque Whitney Houston, il y avait un être humain.
Qui n'a pas de fêlure ni de fragilité ? On brûle si aisément ce que l'on a célébré.
Ce samedi après-midi de février, votre cœur a cessé de battre.
Whitney Elisabeth Houston avez-vous trouvé du repos ce 11 Février ?
Nous rendons hommage à la chanteuse exceptionnelle que vous avez été.
Votre répertoire madame construira votre postérité, comme celui avant vous de Billie Holliday, de Charlie Parker, de John Coltrane, de Chet Baker, de Marvin Gaye, et de bien d'autres, artistes exceptionnels et humains fragiles.
L'artiste phagocyte-t-il l'humain ?
L'humain assurément nourrit l'artiste.
Reposez en paix Whitney Houston.
Merci pour la musique.
Pensées pour votre fille, votre mère, votre famille, ceux qui dans les coulisses vivent un séisme.

 

 

"Avant que tu ne portes
Un jugement sur ma vie,
Chausse mes chaussures,
Parcours mon chemin,
Mes montagnes,
Vis mon chagrin,
Et aussi ma tristesse
Parfois si profonde,
Parcours les années
Que j'ai parcourues
Et trébuche
Là où j'ai trébuché,
Mais relève toi à chaque fois,
Tout comme je l'ai fait....
Et seulement là,
Tu pourras me juger"

 

(Auteur inconnu)

 

Oui tu pourras me juger... Peut-être.

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O la ou yé Patrick Saint-Eloi ?

Ripozé an pè

Ripozé an pè Patrick. Rispè baw

 Ce 18 septembre la nouvelle est tombée : vous avez quitté la terre des vivants.

Ma tristesse est immense, vous n’aviez pas 52 ans. « Ola ou yé » Patrick ? La nouvelle ne passe pas.

 Bien des rumeurs avaient couru annonçant prématurément votre mort et vous étiez bien là, luttant courageusement contre ce funeste mal.  Oui nous vous savions malade mais espérions secrètement en un miracle. Votre voix n’était elle pas une démonstration de l’existence du miraculeux ? L’entendre voler avec aisance d’une note à l’autre était une source d’émerveillement et un enchantement sensoriel qui nous accompagnait encore bien après que la musique se soit tue.

 

Elle était ainsi votre voix, elle avait la maîtrise de ceux qui n’ont pas paressé et ont pris le soin de la travailler comme un instrumentiste pour la dompter, sans pour autant laisser la technique en masquer la vérité. Elle avait ce plus, cette chaleur, cette vérité qui vous classait parmi les artistes, bien au-dessus de la mêlée des marathoniens de la performance vocale pour elle même.

 

Votre voix Patrick était si belle, si envoutante, que le temps d’une chanson elle nous faisait adopter ces caraibes que vous aimiez. « Baby, love me, take me to West Indies ». Quel bel équipage pour atterir sur votre île. L’émotion dans ce cri était un boulevard pour ranger les miennes entre ma terre et la vôtre. Le rapport que l’on entretient à la musique est si personnel.

 

Vous seriez surpris des dialogues que nous avons entretenus avec votre musique. Je suis certaine que nous sommes nonbreux à pouvoir raconter mille dialogues avec « Eva », « Rev’an mwen », « Kryé » et tant d’autres chansons élevées au rang de joyaux par la grâce de votre voix.

 

Quand vous preniez possession d’une chanson elle semblait s’envelopper de lumière. Égrener les souvenirs tristes ou heureux qu’ont accompagné ce miracle acoustique serait par trop long. Il y a tant d’espoirs, de larmes, de rires, d’amours, de désamours,  de danses, de joies et de mélacolies qui en toile de fond laissent passer votre voix. « A dan rev an mwen »

 

Non Patrick je ne vous connaissais mais votre voix était une amie. De ces amies qui par leur présence vous tirent un sourire ou une émotion, de celles avec qui vous partagez des moments de complicité. De celles dont les bras vous enlacent pour reccueillir un instant fragile.   Est-ce pour cela que j’ai la gorge étrangement nouée et les yeux qui picotent ? L’émotion qui me submerge me prend par surprise et me rappelle que votre voix était juste devenue un membre de ma famille émotionnelle.

 

Je suis encore éblouie par votre reprise de « Mi tchè Mwen ». Chanson magnifique que vous aviez me semble t-il écrite. Est-ce pour cela que par votre voix vous sembliez l’éclairer autrement mais avec tant de beauté ? Qui d’autre que vous aurait pu aller chercher le bijou créé avec une bouleversante sensibilité par une Jocelyne Beroard inspirée ? 

Un miracle que la voix de celui qui vient de nous être enlevé.

 

Merci de nous en laisser l’usage bien après vous. Votre départ prématuré à nos yeux viens amplifier la larme silencieuse qui enveloppe désormais les voix de Gilles Floro et Edith Lefel.

 

 

Quel plus beau témoignage que celui de laisser résonner votre voix sublime ? Nous l’écouterons encore longtemps comme le magnifque testament de l’astiste immense que vous étiez. Elle demeure le meilleur témoin et la dépêche la plus efficace pour dire qui nous avons perdu ce 18 septembre 2010.

MERCI à vous d’avoir mis à la disposition du public la grâce de votre talent et la beauté de votre voix.

 

Pensées empathiques et attristées pour la famille qui vous perd ce jour.

 

Ce 18 septembre a pris un manteau de tristesse

 Forcément.

 

Ripozé an pé Patrick

Ola ou yé Patrick ? Mistè la via..

 




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EN ÉCOUTANT FRANCIS BEBEY

Avez-vous déjà eu durant des jours une mélodie dans la tête ? Vous savez un de ces airs qui vous accompagnent comme le ferait un lecteur de musique portable ?  Ces derniers temps à des moments inattendus, cette phrase « o bia nja o ma kwalisane no, o bia nja o bale no esoka » tirée d’une chanson de Francis Bebey ne me quittait pas.

 

Il était bien onze heures hier du soir quand la mélodie est venue discrètement frapper aux portes de mon cœur. Comment aurais-je pu refuser l’hospitalité à une telle visiteuse ? Francis Bebey, musicien, poète, musicologue, génial défricheur de son et passeur de sens ironique et tendre, Francis Bebey venait me voir, précédé par quelques notes de musique. Les morts ne sont pas morts, les artistes encore moins. Ils laissent en partant davantage qu’un héritage ils laissent leur voix, leur émotion, les accents de leur âme.

 

Répondant à l’inclination de mon cœur j’ai écouté « O bia » chanson remplie d’enseignements sur la prudence. O bia, que je traduirais du Duala par « sois, prudent » ou « fais attention ». Dans cette chanson au cours de laquelle Francis Bebey égrenne de nombreux conseils de prudence « fais attention aux personnes avec lesquelles tu marches, aux maisons dans lesquelles tu entres, fais attention à ceux à qui tu parles et confie des secrets. » « Ne prête à personne l’intime de ta pensée la plus précieuse, ne prête à personne ta parole ».

 

En filigrane, l’ombre de son frère assassiné Bebey Eyidi.

 

Comme à mon habitude quand une chanson me rencontre je ne sais pas ne pas la réécouter un nombre incalculable de fois. J’ai été saisie par le beauté de la mélodie, par le guitariste qu’était Francis Bebey et que j’apprends à écouter. Il n’est pas besoin de multiplier des effets prétendument épatants pour éblouir.

 

Il était plus de minuit et je n’arrivais plus à quitter mister Francis. Ecoutant ensuite « Idiba », j’ai passé un moment merveilleux. La chanson semblait receler des tiroirs que je n’avais pas ouverts avant et ouvrir pour ma pensée d’intéressantes fenêtres. La musique est dialogue.

« Le jour s’est levé et le soleil est là, ne cache plus ton visage, ne le fronce pas, mais regarde autour de toi. Quand tu marches dans la rue, fais le comme un homme et non comme si tu étais sans substance. Viens et allons voir la lumière, n’oublie jamais que tu as reçu bénédiction sur bénédiction. Qui d’autre a jamais été béni comme toi ? »

 

Ouverture de fenêtres intérieures comme si Francis me parlait, parlait de moi. Comme s’il me rappelait à mes essentiels, à mon essentiel.

 

Ouvertures de fenêtres plus grandes comme s’il parlait aussi à l’Afrique telle que je la vis, la vois, la rêve en lui disant  « Viens allons vers la lumière de peur de manquer la bénédiction ».

 

Francis Bebey, la classe, la musicalité, la finesse. Il a toujours été là dans la toile de fond de ma vie musicale. Il était dans la discothèque de mes parents. Je l'ai écouté enfant je l'entends adulte et suis heureuse qu'il ait existé, heureuse qu'il ait chanté dans une langue que je comprends. Je l'aime.

 

 Hier je m’apprêtais à me coucher quand sa musique et moi sommes entrés en conversation. Il est difficile d’exprimer au cœur de mes soudaines indigences sémantiques, le bonheur, l’émotion, les découvertes et les pistes de réflexions suscitées par les notes de musique, la voix, et les paroles de cet homme parti trop vite.

 

En me souvenant en cet instant de ce moment, je me rends compte du privilège que j’ai d’être africaine, d’être Camerounaise, d’avoir accès à ceci. Je mesure aussi que parce que la mondialisation est par trop arrogante les occidentaux se privent de bien des trésors culturels.

 

Si seulement le monde était davantage ouvert pour une mondialisation intelligente ! Oh non pas celle qui permet aux riches de s’enrichir d’avantage en pillant les autres et en privatisant pour leurs intérêts les sols d’Afrique ou d’ailleurs. Pas celle qui ne sert qu’à imposer un modèle culturel dominant et annihiler les variétés culturelles qui sont le sel de l’être ensemble. Pas celle qui imposerait le hamburger aux beignets et haricots mais celle sui laisserait cohabiter les deux. Une mondialisation qui serait circulation des biens culturels en recevant dans le respect de ce que l’autre apporterait.

 

Francis Bebey a beaucoup apporté. Il a vécu, travaillé et élevé ses enfants en France. La France a-t-elle écouté ou entendu ce qu’il avait à dire ? Il était bien plus qu’un saltimbanque exotique, c’était un homme brillant, cultivé, curieux des sons et cultures du monde qui a su inviter le monde dans ses mélodies. Il nous laisse heureusement un héritage que nous pouvons découvrir.

 

Francis Bebey savait l’importance de transmettre aux enfants leur langue maternelle. Une anecdote savoureuse que m’a racontée hier une amie précieuse  qui par ailleurs est chanteuse m’a confortée dans le fait qu’il est décidément passé un homme immense.

 

Parce que l’humain est plus grand que son passage sur terre et les limites de sa peau, il parle encore. Permettons lui par sa musique de parler aux générations d’après.

 

Pour le découvrir un peu plus : http://www.bebey.com/francis_bebey/francis_bebey_accueil.htm

http://etudesafricaines.revues.org/index1511.html

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LES MOTS DE SOULEYMANE DIAMANKA

Les mots de Souleymane Diamanka

« Les mots sont les vêtements de l’émotion

Et même si nos stylos habillent bien nos phrases

Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage… »

SOULEYMANE DIAMANKA

dans

Les Poètes Se Cachent Pour Ecrire

 

Souleymane Diamanka, Slammeur et griot, poète urbain et magicien des mots. Amoureux des mots jusqu’à la précision, sans pour autant laisser la quête de la précision ravir l’émotion. Je le découvre peu à peu grâce à Natty (merci madame) et la beauté et la maturité, la poésie des textes que je découvre me touche. De sa voix grave il aime à se situer dans sa lignée familiale s’ancrant de fait dans son héritage peul de même que dans la culture française. Les peul peuple de bergers d’Afrique occidentale valorisent l’oralité comme mode d’expression et de transmission. Le pont entre le griot et le slammeur est vite franchi. Les mots comme héritage, les mots comme transmetteurs d’être et d’états d’être. Les mots comme des armes pour dire les blessures et aussi pour guérir. de Ses racines peules il les déclame.

 

« Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba

Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi

Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g)

Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama

Et cætera et cætera…

J’ai été bercé par les vocalises silencieuses de mes ancêtres

Et je sais que cette voix jamais elle ne s’éteindra »

(Extrait de : L’hiver Peul)

Comment dire mieux que lui ce qu’il est ?

Je l’ai entendu raconter lors d’une interview le fait que son père tenait à ce qu’à la maison ils parlent uniquement le peul. Ce père dont on entend la voix dans l’hiver peul. Il tenait à ce que ses enfants soient des peuls de bordeaux, que le fait d’être de bordeaux ne les coupe pas de leurs racines. Le père qui n’a pas voulu que la barrière de la langue se dresse entre ses enfants et lui. Ce père qui n’a pas voulu qu’une appréhension non maîtrisée de la langue française le déprécie éventuellement aux yeux de ses enfants qui auraient pu à cause de la barrière de la langue ne jamais aller à la rencontre de la noblesse de ce père. Souleymane Diamanka reconnaît dans son entretien que cette décision du père a été salutaire pour le regard de ses enfants sur lui et sur la culture d’origine. Souleymane Diamanka peut ainsi déployer les deux ailes de son double ancrage culturel et offrir des textes et des mots à l’interconnexion de son double ancrage. Du slam certes mais bercé par des musiques et des instruments venus de la terre de ses pères. Ce double ancrage apparaît dans la beauté de l’expression et du texte de « l’hiver peul »

 

Le « poète peul amoureux » « pose sur ses cordes vocales un tapis de velours » pour dire sa muse amoureuse que dans sa langue il appelle mon amour. « Une muse pose nue dans une métaphore et métamorphose son poète en peintre ». Pour entendre la beauté de cette déclaration je vous laisse découvrir la muse amoureuse dans son album l’hiver Peul.

 

Retourne sur ta planète est un morceau magnifique qui parle de l’état déplorable d’une planète qui a choisi la guerre, la vengeance. « retourne sur ta planète la terre c’est trop dangereux ». La beauté de la musique et le calme de sa voix contrastent singulièrement à l’état des lieux qu’il fait de la planète. J’aime beaucoup le sens de l’image qui est l’une des forces de ses textes.

 

Les poètes se cachent pour écrire est un beau texte pour dire son rapport à l’écriture. Il mêle le français et le peul et dans sa voix les mots passent d’une langue à l’autre sans rupture. La musique envoutante semble accompagner une incantation quand il parle peul. C’est un beau texte qui est et ça se comprend le préféré d’une princesse peul amoureuse éperdue des mots. Dédicace…

L’hiver peul est un texte magnifique. Mon père était berger avant d’être ouvrier. Il était prince avant d’être pauvre. Avant ce bâtiment quelconque dans la clairière des oubliés, il habitait une case immense… »

 

Je pourrais continuer encore et encore mais je vous laisse aller à la rencontre de Souleymane Diamanka en vous livrant encore quelques-uns de ses mots.

 

Trouver le mot juste pour dire l’impression, résumer en une locution ce que d’autres diraient plus longuement, les mots qui claquent déclamés d’une voix douce et maîtrisée. L’homme prend de la hauteur sur la situation sociale et en livre une lecture humaniste comme s’il parlait avec la voix et la sagesse des ancêtres : « on nous montre la violence des jeunes dans les rues infestées mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté » (le chagrin des Anges). Il fallait la trouver cette expression vous ne trouvez pas ? Faut-il qu’il ait foi dans la puissance de guérison des maux par les mots pour avoir cette lecture de la situation sociale. Sur son site il y a un poème en construction qui éclaire sur son appréhension de la vertu curative du verbe.

 

J’aime par ailleurs ses mots dans papillon en papier qui en parlant de ses mots dit ceci : « même s’il est né de ma plume, si tu l’as aimé et qu’il t’a plu, ce n’est plus mon poème »

Je vous laisse aller à la rencontre des mots de Souleymane Diamanka, des mots qui laissent une place à qui écoute pour y trouver sa place. Ces mots généreusement offerts bien que nés de sa plume ne seront plus les siens, mais ils seront aussi les vôtres parce que vous les aurez reçus, vous vous les seriez appropriés. Ah si vous entendiez son salut au vieux Sahara accompagné d’une musique entêtante qui semble vous transporter dans une nuit au désert.

 

J’ai attendu longtemps que le néant s’anime

Que chaque mot trouve sa phrase

Et que chaque phrase trouve sa rime

Le pays des songes est derrière une grande colline

Pour écrire, je me sers de la réalité comme d’un trampoline

(Moment d’Humanité)

De mon point de vue la réalité est un trampoline dont Souleymane Diamanka se sert de fort belle manière. Il vaut la découverte et sa voix est superbe. Que dis-je à tomber par terre.

Écoutez-le dire la muse amoureuse :

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« Su la take » d’Etienne Mbappe - Impressions subjectives. Un album qui vient à la rencontre de nos racines. Attention chef d’œuvre !

 

Il y a une dizaine de jours j’ai appris que l’album d’Etienne Mbappe était enfin dans les bacs. Ouf ! Il était temps. Deux ans au moins que j’attendais la sortie de cet album tant j’avais été touchée par le précédent.

 

J’avais pourtant pris mon temps pour y entrer, pour me laisser toucher par sa musique et son univers. Le temps probablement de me défaire de certains à priori et d’entendre ce qui passait dans la musique qu’il mettait à notre disposition. Il est des musiques qui s’imposent à soi comme une évidence, comme si l’endroit d’où elles sont issues avait croisé des vérités de soi. Dans ma mémoire il y a des évidences qui accompagnent mes émotions et éblouissements et musicaux tels que ceux offerts par Marvin Gaye et son impérissable let’s get it on dont l’entame me met encore et toujours la tête à l’envers. Je garde en mémoire l’émotion éblouie à l’écoute de la voix indescriptible de Donnie Hathaway portant a song for you. Au fait vous êtes-vous jamais posés pour écouter to be young gifted and black porté l’âme de Donnie Hathaway ? C’est une sensation tout simplement inimaginable. Oui, il est des artistes qui prouvent que l’âme et la voix ont des canaux de passage communs, Etienne Mbappe et de ceux-là, de ceux qui ne laissent pas le désir d’épater primer sur le sens, la sensibilité, la finesse, et la nuance. Quand les canaux entre l’âme et la voix sont disjoints, le marketing prime sur l’art et donne des succès éphémères et des musiques superficielles, en accord avec l’air du temps, mais qui ne passeront pas l’épreuve de la durée. S’il est notoire que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, à mon humble avis il se glisse dans les interstices de cette assertion quelques exceptions. Oui je l’affirme ! Oui il est des chansons et des musiques qui vous donnent l’impression de les avoir rencontrées avant de les écouter, comme si elles venaient par les mots, les voix ou la mélodie rencontrer quelque chose en vous et raconter quelque chose de vous. Su la take est une porte ouverte sur des rencontres de ce type. Je pourrais parler de multiples rencontres musicales dont les chansons ne se rident pas à l’intérieur de moi. Je les écoute et les redécouvre nouvelles, encore et encore. J’aime quand la musique réinvente ces belles premières fois, celles que l’on n’oublie pas. Ce ne sont pas tant les mots dits mais la vérité qui affleure dans la voix d’une Nina Simone, c’est le désespoir qu’elle laisse traverser par une lueur d’espérance comme celle d’une une bougie allumée dont la flamme vacillante résiste au vent du soir. J’aime quand l’âme se dévoile dans la voix et dans la musique d’un artiste. Un artiste qui m’offre ça acquiert ma fidélité. Forcément puisqu’il qu’il me touche. Je pourrais citer à l’envi des moments qui m’ont bouleversée, touchée, rencontrée et, en général ce ne sont pas la technicité vocale ou musicale qui m’ont rencontrée, mais plutôt ce petit plus qui est du ressort de l’âme et qui vient habiller de vérité la technique. C’est ce petit rien qui est un immense tout qui me met le cœur en mode we eeeeee a bona bato lambo la manyaka le pon o tomba (les gars il se produit sous nos yeux quelque chose de formidable). Etienne Mbappe a réussi ce lambo la manyaka. Respects.

 

Il y a quelque chose dans la musique de cet homme quelque chose qui touche au coeur et donne envie de se poser pour écouter et entendre. Pour ce qui me concerne, l’univers d’Etienne Mbappe m’a prise en otage lors d’un concert dans une petite salle de la banlieue parisienne. La salle ne payait pas de mine, elle relevait davantage du gymnase que de la salle de spectacle. La scène sur laquelle évoluait avait Etienne Mbappe, sa choriste à la magnifique présence vocale et scénique (elle a été explosive sur Sansanboy) et quelques musiciens était dépouillée. Sans être parasitée par des artifices, la musique de l’artiste occupait l’espace émotionnel et sonore. Sur cette scène minimaliste, Etienne Mbappe et son groupe nous ont offert un concert au terme duquel j’étais conquise. L’univers offert par le musicien s’était imposé à moi comme une évidence parce que j’avais croisé des gémellités de voyages intérieurs. J’ai repris avec bonheur  » Cameroun o mulema «une chanson qui me touche au-delà des mots et qui est devenu mon hymne personnel et pérenne, celui que j’emporte dans mes exils et dans mes nostalgies de ma terre natale. Forcément je l’ai au cœur partout et toujours. J’ai aimé le moment durant lequel la salle a fait les chœurs à la demande du musicien sur Ewoudou la chanson hommage à sa mère, un hommage qui ouvre à un sentiment filial universel qui fait de nos mères des  » Ewoudou  » à qui l’on délivre en chanson ce beau message de tendresse. Je me souviens d’un solo de basse démentiel lors d’un hommage si mes souvenirs sont exacts à son père disparu. Et puis il y a eu la chanson pour le frère absent. Emotion. Tant de moments dans ce concert qui donnaient une dimension universelle à l’intime.

 

Il faut voir cet homme sur scène aux prises avec sa guitare basse. C’est au-delà du dicible.  » Un gars est doué ! «  comme l’on dirait par chez moi. Après le concert j’ai découvert l’album et je continue de le découvrir, dans ses nuances, ses finesses, une note, un accord que je n’avais pas entendu auparavant. Dans son premier album comme souvent dans les premières œuvres les chansons sont au plus près de l’être, parlant de sa terre natale, de son fils, de sa mère, du rapport à l’autre etc. Le deuxième album « Su la take » universalise le « je » et le fond dans un « nous » qui vient à la rencontre de ceux qui écoutent. Même quand il dit « je », il parle de « nous » et parle et pour un « nous » bien plus grand, bien plus ample que sa seule personne. L’album « Su la take » est un de mes coups de foudres musicaux du moment et mon album de chevet.

Depuis samedi dernier la musique d’Etienne Mbappe résonne dans mon home sweet home et accompagne avec bonheur mes trajets en métro et bus. Je dois avouer qu’il me prend des envies de me laisser aller à la danse à l’écoute du morceau de la piste 4. Lequel ? Une solution : se procurer l’album. Hi hi.

 

Après une mise en bouche sur My Space il y a une dizaine de jours, j’avais hâte de découvrir l’album. Je savais qu’il ferait partie de mes achats du week end. Samedi dernier la FNAC des Halles a eu droit à ma visite et le vendeur (le bougre!) m’a fait une frayeur en me disant qu’il ne restait pas un seul album. Caramba ! Pensais-je bruyamment s’il est vrai que je souhaite un immense succès monsieur Etienne, l’univers aurait dû savoir qu’un album m’était réservé ce jour-là. J’étais déçue ! ! ! ! Heureusement pour moi le vendeur s’était trompé. Je savais que je ne devrais pas être déçue de l’album au vu des morceaux écoutés sur My Space et du Bonendale qui me donne à chaque écoute envie de danser et de me réjouir. Je n’ai pas été déçue, loin s’en faut.

 

L’album est encore un cran au-dessus de mes attentes.  » Su la take «  est une merveille de sensibilité, de profondeur, et de poésie. C’est un album dans lequel le chanteur parle de ses racines, et parle à nos racines. J’affirme qu’il s’est passé quelque chose d’essentiel sur la planète musicale ces dernières semaines et, comme souvent quand il se passe une chose essentielle on n’en mesure pas l’impact sur l’instant. Sans prétendre à quelque prescience, j’affirme avec audace (vouiiiiiiiiiiiii!) que cet album est un chef d’œuvre qui traversera les ans et qu’il comptera pour ceux qui se donneront la peine d’écouter et d’entendre. C’est un avis qui n’engage certes que moi mais je le partage.

 

L’album « su la take » rappelle combien savoir d’où l’on vient donne du poids et de la substance à ce qu’on est. Il rappelle l’importance de s’enraciner pour pousser haut et être solide et résistant. C’est l’album dont le peuple Sawa avait besoin pour se souvenir de l’essentiel de ce que sont ses fondations identitaires. Cet album je l’ai reçu comme un cri de ralliement involontaire peut être mais qui appelle à se réveiller et à réveiller ce qui fait notre fondement culturel. Depuis Eboa Lottin je n’avais pas entendu porter en chanson l’identité du peuple de la Côte (le mien), les Sawa avec une telle finesse. Merci à Etienne Mbappe pour cette affirmation dans Bolo bwa Sawa (la pirogue du peuple Sawa) selon laquelle cette culture, malgré le folklore qui s’est introduit dans les pratiques au détriment de l’essentiel, ne s’éteindra pas. La pirogue (image symbolique du véhicule identitaire des Sawa) ne sombrera jamais. La filiation avec Eboa Lottin est assumée par le musicien et chanteur qui reprend deux classiques du chanteur disparu, les modernisant sans les dénaturer. J’aime aussi les accords de guitare qui rendent un hommage discret à Nelle Eyoum Emmanuel inventeur du makossa.

 

« Na yo nde » (je ris) est une chanson qui marie avec subtilité légèreté et profondeur, le rire et les larmes. C’est déjà un classique pour moi, et cela en moins d’une semaine ! C’est une chanson que pourraient reprendre en chœur et avec le cœur tous les exilés, volontaires ou non. Elle commence par une complainte qui vous prend aux tripes. Dans la voix du chanteur on entend un écho des complaintes lointaines de veillées de nos enfances. Et il y a ce solo de guitare magnifique qui accompagne cette complainte, comme si les notes étaient les sanglots. Résonnance de ces sanglots intérieurs masqués par les rires tonitruants de ceux qui sont loin de chez eux. Les larmes que l’on ne laisse pas voir, celles qui coulent en dedans, sur les terres intérieures de nos déracinements et de nos solitudes. Les larmes du migrant

 

Les déracinés ont souvent en public le rire contraint, le rire obligatoire, le rire comme un système de défense pour aller de l’avant à la poursuite de leurs rêves, ces rêves qui les ont arrachés à la terre natale. Na yo nde.

 

« Alane » (Emmène-moi) est encore une de ces chansons qui parlent à ceux qui sont loin de chez eux. Emmène-moi chez moi, là où j’ai poussé mon premier cri si un jour, tu constatais qu’en chemin je me suis perdu. Emmène-moi à Douala. J’aurais pu le dire. Il le dit pour moi, pour nous. Ce chant rappelle qu’il est des morceaux de nous qui demeurent épars et qui ne peuvent s’unifier que quand l’on est chez soi. Il est des morcellements intérieurs nés de l’altérité qui ne peuvent trouver leur intégration, leur pacification que lors d’un passage en terre natale. Alane mba o mboa.

 

Je pourrais faire le tour des quatorze morceaux qui constituent l’album : rien à jeter les amis ! Musango (que la paix soit avec toi) est un bijou de poésie, de nostalgie et de musicalité. J’aime l’image de la nuit qui se pare de son manteau noir.

 

Su la take (la fin de la souffrance) s’habille de rythmes afro jazz pour proclamer que la fin de la souffrance et de la misère approche. Comme un prédicateur, il chasse par le verbe la souffrance et la misère appelant la lumière tant espérée sur nos terres de douleurs. Il proclame l’exaucement des prières et le fruit des efforts, du labeur. Cette chanson parle d’une souffrance qui n’est pas circonscrite à un lieu. C’est la chanson d’un artiste qui regarde le monde qui l’entoure et appelle sur lui la fin de la souffrance. Quand je dis que cet album est un bijou absolu ! A mon humble avis c’est un album qui comptera au-delà de l’euphorie première, parce qu’il touche à l’universel. Il parle de l’attachement à ses racines : magnifique Bonendale qui commence par un cri de ralliement qui me ramène dans le pays perdu et enchanté de l’enfance. Je l’écoute au moins dix fois par jour et le chante intérieurement au boulot. C’est une chanson qui me donne la pêche et me fait sourire de l’intérieur. C’est un album qui touche à la culture, à l’espérance, à l’amour (Your house, San san boy, Dangwa). Etienne Mbappe est un artiste qui a les yeux ouverts sur les souffrances de son temps et sur la déliquescence du tissu social (mangledi) et qui pleure sur les douleurs de son temps (Misodi). C’est un artiste de son temps, dans son temps qui n’oublie pas pour autant d’où il vient. S’il est vrai que s’éloigner d’un point permet une meilleure perspective quand on la regarde alors l’artiste a bien fait de sortir de sa terre. Le regard qu’il pose sur elle nous la révèle certes imparfaite mais belle. Elle est d’une noblesse qui me touche. Merci à lui d’avoir rencontré nos nostalgies et nos blessures nées de l’éloignement pour nous raconter ce rire que nous connaissons.

 

Béni soit celui qui n’oublie ni sa terre ni les siens.

 

Comment pourrais-je ne pas être présente à son concert au New Morning le 5 juin ? L’univers sait que ma place y est. L’univers, rien que ça camarade ! D’accord, j’avoue j’ai le sens de l’exagération frénétique et ceux qui connaissent un peu le savent. Ils savent par ailleurs que ça participe de mon charme. N’est-ce pas ?

 

Quelque chose s’est passé sur la planète musicale ! Vous ne me croyez pas ?

 

Faites un tour à cette adresse http://www.myspace.com/etiennembappe


 

et je ne doute pas que vous foncerez chez un bon disquaire. Foi de moi !!!

 

J’espère que je vous aurai donné envie de découvrir cet artiste et pourquoi ne pas se dire (je parle aux franciliens) à bientôt au New Morning pour danser sur la musique d’Etienne Mbappe ?

 

 

A se bodilo nu muna Bonendale e no e a monguele mboa

 

Mai 2008

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GLADYS KNIGHT CHANTE "I WILL SURVIVE" OU LA CÉLÉBRATION DU RETOUR A LA VIE ET A SOI

 

La chanson  dont il est question sur ce billet a été, il est vrai, déjà mise en lumière sur le blog il y a une éternité et demi. Mais comme dirait l’adage, quand on aime on ne compte pas. Et puis c’est Gladys Knight ! Alors vous pensez bien que j’en use et en abuse à l’envi. C’est une chanteuse et une chanson à découvrir absolument. A mon avis, l’interprétation de Miss Knight lui donne une densité qui permet de découvrir la chanson d’une manière telle que je n’ai pas rencontrée chez d’autres interprètes de ce standard, pas même chez Gloria Gaynor, la chanteuse qui l’a créé. C’est en effet l’interprétation de Gladys Knight qui m’a permis de faire attention aux paroles du chant, paroles qui m’étaient voilées par l’ambiance festive dégagée par le chant en version disco. Au fond en discothèque on n’est pas tenu d’écouter le sens du chant n’est-ce pas ? On se laisse porter par le son et on se livre à la danse. Je découvrirai peut être un jour des perles dans des chansons de Anita Ward, Donna Summer, voire de Boney M (hi hi). Gladys Knight grâce à ses talents d’interprète  laisse paraître une dimension de la chanson qui disparaissait derrière les frénésies disco et les danses liées à l’interprétation de Gloria Gaynor qui en a fait un tube planétaire.  Pour ceux qui étaient en France autour du 12 juillet 1998, ils connaissent la version de Gloria Gaynor par cœur. Cette chanson est liée pour eux à la liesse populaire portée par le rêve d’une France « black, blanc, beur » qui n’a malheureusement pas dépassé le fantasme tant les murs et les plafonds de verre sont épais. Un rêve dont certains sont brutalement sortis un 21 avril de sinistre mémoire. Les ondes de chocs de ce séisme ébranlent encore la vie politique française. Mais on avance disent certains, petit à petit, mais pas assez vite à mon goût.  Mais à chacun les rythmes de ses espérances et de ses attentes n’est-ce pas ? Mes espérances vont plus vite que les faits et par conséquents j’ai frustration vertigineuse car elle va aussi haut que les espérances avortées.

 

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre chanson. Trêve de digressions diantre ! Bref la chanson ne m’avait pas laissé m’attarder sur les paroles qu’elle véhiculait, le rythme frénétique avait phagocyté le sens. Je n’avais qu’à écouter me direz-vous. Pfttttttttt !

 

Puis vint miss Gladys Knight… Mama mia y caramba. Des fenêtres se sont ouvertes pour moi sur le chant et il est venu jusqu’à moi. Okay l’image est un peu mélodramatique mais c’est moi qui raconte d’abord !!!!

 

Ecoutez la chanson depuis le tout début. Ecoutez l’affirmation dans laquelle bien des femmes pourraient se reconnaître. Proclamation d’une renaissance et voire d’une nouvelle découverte de soi après les blessures nées d’un amour toxique et d’une rupture qui, au premier abord  avait donné l’impression que l’on ne lui survivrait pas. Et puis il y a le chemin que l’on  a parcouru, celui mène ou ramène à soi, chemin au terme duquel une jeune fille ou une femme peut s’écrier, du collège à la maison de retraite :

Free again !                            (à nouveau libre !)

 

Independantly me again            (à nouveau moi en toute indépendance)

 

Back in circulation now            (De retour dans la circulation),

 

Time for celebration now         (c’est le temps de célébrer).

 

Time to have a party                (C’est le temps de faire la fête).

 

Dans cette introduction elle emprunte les sentiers d’un classique créé par Jacqueline Danno et repris par Barbra Streisand et Vicky Léandros entre autres interprètes. C’est un chant qui parle du retour à soi, de la redécouverte de ce soi que  l’on a perdu en cours de route, ce soi que l’on était avant la rencontre avec celui qui  a conduit à enfermer la vie dans un système dans lequel l’on s’était consciemment ou non absenté de soi. Amours toxiques et mortifères…

 

Belle trouvaille miss Gladys que la juxtaposition de ces deux chants. Ahhhhhhhhhh Gladys !

 

Amours toxiques. Amours qui nient l’autre et l’enferment dans un sentiment de ne plus pouvoir être sans l’autre. L’on se sent d’autant moins capable de vivre sans l’autre que  l’on n’est plus que l’ombre de soi et l’extension de l’autre dans la relation avec lui. Quand il s’en va qui reste-il ? Que reste-t-il de soi ? Impression d’amputation de soi quand l’autre s’en va, et tant qu’à faire de manière cavalière. Trou noir, puis reconstruction, réappropriation voire redécouverte de soi, résilience.

 

J’aime la scénarisation de la chanson telle qu’offerte par l’artiste. J’aime ce « je »  suffisamment ample pour évoluer vers un « nous » qui laisse de la place à l’auditeur pour s’identifier à ce qu’elle chante. Dans sa restitution du chant, elle laisse de l’espace pour que le vécu de l’autre trouve sa place et proclamer  avec elle « free again », « back in circulation », « as long as I know how to love i know i will survive ». J’aime les accents de fierté qui passent, la scénarisation de la fierté retrouvée. Il y a la tête que l’on relève avec assurance. « go now go » dit-elle à l’homme. Va-t’en maintenant, passe la porte, et ne te retourne pas car tu n’es plus le bienvenu. Je survivrai …j’ai encore toute ma vie à vivre….et je survivrai, aussi longtemps que je saurais aimer je survivrai »

 

« Tu n’es plus le bienvenu »

 

« Aussi longtemps que je saurai aimer, je sais que je survivrai… »

 

Et elle conclut dans un cri  » à nouveau libre ! »

 

Histoire qui relie bien des femmes au fil de la vie, au fil de l’amour.

 

Merci à Gladys Knight pour ce moment magnifique. Ahhhhhhhhhhhhhh ma Gladys !!!!Pas étonnant qu’à la fin l’auditoire se lève.

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WILL YOU BE THERE BY MICHAEL JACKSON

 

 « La solitude est le fond ultime de la condition humaine.

L’homme est l’unique être qui se sente seul

et qui cherche l’autre »

Octavio Paz

Pour le chant « Will you be there » de Michael Jackson frise la perfection dans les harmonies vocales et rythmiques. Oui oui et je suis d’accord avec moi même !  Cet avis ne tient pas simplement à de névrotiques fidélités à un chanteur qui m’a accompagnée de l’enfance à l’âge adulte parsemant ma vie d’éblouissements et d’émotions uniques. Elle ne tient pas seulement au souvenir d’un manque de maîtrise de soi lors d’un concert parisien en 1988 qui s’est matérialisé par des secrétions lacrymales aussi soudaines qu’inattendues. She’s out of my life et moi comme une midinette je vibrais à la voix et à l’émotion parfaitement scénarisée. Ce péché de jeunesse me suivra longtemps  Grâce à Dieu aucune vidéo de ce moment de faiblesse ne circule sous le manteau. Mon avenir politique serait en péril ! 

Non je chant est éblouissant même à des oreilles d’adulte aux rides traitresses (oh temps suspends ton vol !). Ce chant est éblouissant bien longtemps après que les posters ont quitté les murs de mon sanctuaire d’alors. Il y a un incroyable crescendo qui habille le texte et que la voix de Michael Jackson fait vivre d’une façon qui me touche.

Quand sur un parcours de vie l’on a croisé des solitudes subies, des abandons et des trahisons, on peut rencontrer un peu de soi dans cette chanson et dans le cri et la quête désespérée qui lui sont sous-jacents. C’est une chanson aboutie. Oui j’ose le dire aboutie.

Will you be there ?

C’est le cri de bien des cœurs humains perdus dans la masse et qui aspirent à être vus, reconnus, distingués, accompagnés par la fidélité de l’attachement de quelque alter ego. « They told me a Man Should Be Faithful and walk when not able and fight till the end but I’m only human ! » Face aux attentes dictées par le prescrit il y a le cri de celui qui a conscience de n’être qu’un humain. Dans mes désespoirs dans mes tribulations, etc. seras-tu là ? Ça c’est de la chanson vous dis-je ! Et le Michael Jackson se paye le luxe d’habiller ce cri désespéré qui rencontre l’universel d’une musique et d’arrangements à tomber par terre. Ou à tomber sans glisser comme on dirait par chez moi. 

« Seras-tu là » ?

Une question qui hante bien des relations et qui raconte une peur du vide et de l’abandon qui a inspiré troubadours et poètes. Les mots de Michel Berger portés par sa voix ou celle de Véronique Sanson parlent de cette peur de se retrouver seul au cœur de la tourmente, peur d’être lâché par ceux qui pour le moment sont encore là. C’est fou les angoisses qui accompagnent consciemment ou non nos relations. Ce chant me touche pour bien des raisons et peut être aussi qu’il dit ce que la pudeur ne m’a jamais permis de dire. Peut-être parce que quand autour de soi les sièges sont vides chanter peut être une thérapie à bon marché. Chanter et tant qu’à faire à tue-tête ! Peut-être aussi parce que ce chant est comme un objet transitionnel qui permet de passer par un détour pour dire ce qui bouillonne en soi sans se mettre en danger. Il va falloir que je creuse la raison pour laquelle pourquoi certaines chansons de ce monsieur me servent d’exutoire thérapeutique ? Dr Freud êtes-vous là ? Oh je dois vous laisser mon psy imaginaire me réclame à cor et à cri pour éviter le recours à la camisole de force. J’ai quelques questions existentielles à creuser. Mais de vous à moi, on peut tout à fait profiter de la splendeur de ce chant sans faire un détour par des déambulations mentales. Moi je suis incurable

 

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